Frédéric Le Mouillour Mémorial national des marins morts pour la France

Victor Baptistin Sénès

est né le 02 juin 1857 à Toulon (Var (83))

"L'Académie du Var, qui fut fière de vous avoir vivant, mort ne vous a pas perdu tout entier ; elle vous garde et elle vous honore comme un modèle magnifique, car vous avez ouvert dans ses rangs une section nouvelle - la section des héros.''

Ce héros, Victor Baptistin Sènès, a vu le jour en l'an 1857, le 31 mai, dans la bonne ville de Toulon. C'est le fils de Joseph Fortuné, 34 ans, magasinier de la marine, et d'Anne Marguerite Vial, 26 ans, son épouse.
L'enfant a quatre ans lorsque lui naît un petit frère, Jean Baptiste, dit Baptistin, le 27 septembre 1861. Devenu commis-négociant, le jeune homme décèdera prématurément, à 22ans, le 16 février 1884.

Est-ce l'influence de son papa, qu'il a la douleur de perdre avant ses 14 ans, en 1871, de l'écrivain de marine Emile Aressy, témoin de la naissance du pitchoun, ou du grand-père maternel, marin, le va-et-vient des navires dans le port de Toulon ? Le jeune Victor est attiré par la marine.
Brillant élève, il entre en 1874, à 17 ans, à l'école navale, et sert comme aspirant sur le cuirassé "Richelieu" et le croiseur "Vénus". Promu enseigne de vaisseau en octobre 1879, il participe à la campagne de Tunisie, puis, en 1883, au blocus des côtes d'Annam sur la frégate légère "Hamelin".
Le 7 avril 1884, alors qu'il commande la chaloupe canonnière "Mitrailleuse", le jeune officier se distingue lors des opérations de la rivière Claire. Il participe au siège et à la prise de Tuyen-Quan, face à 15 000 Chinois de l'armée du Yumkam. Il est blessé au cours de ce combat en février 1885.
Pour sa brillante conduite, le jeune Sénès est fait chevalier de la légion d'honneur le 17 mars 1885, puis promu lieutenant de vaisseau le 28 mars 1885.
A 28 ans, il totalise déjà plus de 10 ans dans la marine, dont plusieurs années de guerre, avant de devenir, en 1886, chef du secrétariat à la Majorité de Toulon.

Sa maman, Anne Marguerite, est très fière du seul fils qui lui reste.
Mais l'homme a du charme, auquel succombe Olga Marie Rey, également toulonnaise, d'une famille de négociants. Ils se marient le 26 janvier 1888, à Toulon.

Breveté torpilleur à l'école des défenses sous-marines sur "l'Algésiras", il commande en 1890 le "Torpilleur 127", en escadre de la Méditerranée.
Second de l’aviso "Hussard" à la division de l'Atlantique en 1892, le lieutenant de vaisseau Sénès embarque ensuite comme officier canonnier sur le cuirassé "Colbert", puis commande, en 1895, le torpilleur "Eclair" en Méditerranée.
En 1897, officier de manoeuvre sur le croiseur "Suchet", il fait partie de l'escadre internationale envoyée en Crète durant la guerre gréco-turque.
Promu capitaine de frégate en 1898, le toulonnais devient officier d'ordonnance du ministre de la marine, puis, en avril 1899, chef de la 1ère section de l'état-major du 5ème arrondissement maritime à Toulon, peu après l'explosion de la poudrerie de Lagoubran. Son action y sera appréciée.
Second du cuirassé "Bouvet" en 1900, il commande ensuite les croiseurs "Alger", en 1901, et "Pascal", à la division d'Extrême-Orient, en 1902. En février 1904, il aide à sauver les survivants du croiseur russe "Varyag", coulé par les Japonais.
Le 9 juin 1904, il est fait officier de la légion d'honneur, puis capitaine de vaisseau le 1er août 1905.
A cette date, voilà déjà 30 ans qu'il sert l'état français.

Les commandements se succèdent : le garde-côtes "Indomptable" à Toulon, le croiseur "Dupleix"
en escadre du nord, le cuirassé "Charles Martel" en Méditerranée, puis, en novembre1909, le croiseur "Du Chayla" et la division navale du Maroc.
Au cours de sa mission de surveillance des côtes dans le cadre de la lutte contre la contrebande, prévue par l'acte d'Algésiras (1906), il est reçu à Agadir par le Khalifa à qui il rend la politesse.
Il est reparti depuis longtemps quand l'Allemagne, qui a des vues sur le Maroc et l'humeur déjà belliqueuse, s'indigne.

En novembre 1911, Victor Baptistin Sénès a été promu contre-amiral.

En 1913, la France et l'Angleterre concluent un pacte qui placera l'Adriatique dans la zone de commandement dévolue aux Français en Méditerranée occidentale.
Cette année-là, l'amiral Sénès reçoit le commandement de la 2ème division de la 1ère escadre légère, comprenant les croiseurs cuirassés de 13 000t : "Jules Ferry", "Victor Hugo", et "Léon-Gambetta", qui portera son pavillon.
Le 3 août 1914, c'est la guerre.
Après avoir protégé le transport des troupes d'Algérie en France, l'amiral Sénès participe au blocus de l'Adriatique et à la sécurisation des cargos de ravitaillement, du sud au nord, d'abord, puis, à la tête de la 2ème division légère de la  1ère armée navale, d'ouest en est. Il s'agit aussi, bien sûr, d'empêcher l'accès des navires ennemis aux Dardanelles.
La division comprend, outre le "Léon-Gambetta", le "Jules Ferry" et le "Victor Hugo", le "Waldeck Rousseau". Elle patrouille de la pointe de Leuca à l'île de Paxo, et arrête et visite les navires suspects.
Peu enclin à la confidence, l'amiral Sénès dit pourtant le 13 mars 1915 à son chef d'état-major, le capitaine de frégate Somborn, qui débarque pour prendre un commandement : "Je vous fais mes adieux, Somborn, vous ne me reverrez plus".
Le 8 avril, il écrit au commandant en chef : "Il paraît indispensable de faire escorter et encadrer les croiseurs par des contre-torpilleurs, ne serait-ce que pour recueillir les équipages des navires qui seront torpillés".
Ce courrier restera sans réponse.

Dans la nuit du 26 au 27 avril 1915, alors que, pour économiser le peu de charbon qui lui reste avant de regagner Malte, le croiseur cuirassé "Léon Gambetta" avance à 6 noeuds, il est torpillé deux fois par le sous-marin autrichien "U5".
A la passerelle, l'amiral Sénès lance aux hommes d'équipage : "les embarcations sont pour vous, nous restons à bord."
Il a 58 ans, sert l'état dans la marine depuis plus de 40 ans.
Le lendemain, son corps sera retrouvé par les marins italiens, portant autour du cou la bouée qu'un de ses marins lui a passé de force. Il est enterré à Castrignano au milieu de ses hommes.
En décembre1918, sa dépouille sera exhumée, et ramenée à Toulon à bord du croiseur "Latouche-Tréville", pour des funérailles solennelles, puis inhumée dans le caveau familial.

En janvier 1946, son épouse, Olga, viendra l'y rejoindre. Chevalier de la légion d'honneur, elle s'est distinguée par son action à l'oeuvre Grancher, et le secours aux officiers et sous-officiers.

Lui, le fils du peuple, est le seul officier général mort pour la France durant la première guerre. Il recevra la citation posthume suivante : "Officier général de le plus haute valeur ; très belle attitude durant les opérations de sauvetage de l'équipage du "Léon Gambetta", exhortant au calme, alors que la situation était des plus critiques, et se laissant engloutir avec le bâtiment portant son pavillon."
 

Il était Contre-amiral.
Son unité : Léon Gambetta
  • Légion d'Honneur (off.)
Il est décédé le 27 avril 1915.
Son corps repose au cimetière de Toulon (83)
Son décès est inscrit à la commune de Italie
Document portant la mention MPLF : Mémoire des hommes

Léon Gambetta

835452gambetta0

Le "Léon Gambetta", construit à l'arsenal de Brest (29), était un navire d’une longueur de 146,50m, une largeur de 21,40 m au maître-bau, un tirant d’eau de 8,20 m, il avait un déplacement de 12600 tonnes. La propulsion était assurée par 3 machines à vapeur regroupant 28 chaudières qui assuraient une puissance de 28500 cv.

Le "Léon Gambetta" pou...

Léon Gambetta
9379
Sénès
Toulon
Var (83)
02 juin 1857
HF
180727,180729,180730,180731,180732
Il a été décoré : Légion d'Honneur (off.)
acte de naissance
B 15x21
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