Frdric Le Mouillour Mmorial national des marins morts pour la France
 
 
 
 

Le nom du marin commence par :

Maurice Jean Louis Gourong

est né le 23 mars 1921 à Quiberon (Morbihan (56))

Maurice, Jean Louis Gourong est né le 24 mars 1921 à Quiberon (56). Fils de Maurice, marin-pêcheur et de Elisa Le Visage. Il a quatre frères et une sœur.  En 1922, ses parents quittent Quiberon pour s’installer  définitivement à l’île de Groix (56).

Maurice  commence sa scolarité à l’école de Locmaria à Groix,  la poursuit à l’école des frères de Saint-Jean Baptiste. Les souvenirs que les gens de Kerohet ont gardés de Maurice,  le décrivent comme un enfant débordant de vie, aimant jouer des tours pendables, en compagnie de son jeune frère Lucien. Ne sont-ils pas descendus un jour par la corde au fond du puits du village ?

Ainsi que la plupart des jeunes garçons de l’époque, Maurice embarque le 12 juin 1933 comme mousse sur le voilier de son père, l'"Angélus du soir". Il vient d’avoir 12 ans. C’est la seconde campagne de pêche au thon du bateau.  A la fin de la campagne d’été, le 25 octobre, il débarque et retourne à l’école ; l’été suivant, son père le fait embarquer sur le dundee le" Brix et Mesmin", construit en 1932 à Saint-Malo.

De l'été 1935 à septembre 1939 il embarque à la pêche successivement sur : le "Kermancy, l'"Anémone", l'Angélus du soir", l'"Emilienne Renée", le "Père Charlesse" la "Monique Marie", la"Soizic", l'"Emilienne Renée" et  le "Joseph Yvon".

C’est alors qu’il se trouve sur le "Joseph Yvon" qu’éclate la guerre, le 2 septembre 1939. Le voilier, qui rentre quelques jours plus tard à Groix, est désarmé le 12 septembre.

La guerre perturbe le cours régulier des saisons et des campagnes de pêche. Si le premier hiver des hostilités, au cours de cette période  que l’on nommera plus tard la drôle de guerre,  la pêche se poursuit, on se tient quand même sur ses gardes.

De l'hiver 1939 à octobre 1941 il embarque à la pêche successivement sur : L’ "Emilienne Renée", puis sur la "Jeanne Laurent", l’"Angélus du soir", le  "Louis Michel", le "Pierre Palvadeau", et de nouveau sur  l’"Angélus du Soir" .

Du 14 novembre 41 au 8 janvier 43, il effectue divers embarquements à La Rochelle, Pauillac, Royan, soit à la pêche en 2e zone, soit à la petite pêche.

A partir du début 1943, la guerre prend une nouvelle tournure. Les Allemands deviennent de plus en plus méfiants et agressifs. Revenu à Groix, Maurice fait ce que beaucoup de gens de l’île sont contraints de faire : travailler pour les Allemands.

A la maison, il y a huit bouches à nourrir. Son frère Lucien fait les pluches à l’école laïque où s’est installé l’occupant. Lui, il travaille à Port-Tudy au déchargement des chalands qui amènent le matériel, sable, ciment, ferraille, pour la construction à Moustéro des plateformes destinées à recevoir les énormes canons de marine.

Le matériel est hissé au-dessus de la côte par des monte-charges et transbordé dans les wagons d’un petit train qui emprunte une voie construite par les occupants et qui rejoint depuis Port-Tudy le site de Moustéro. Ils sont nombreux les jeunes de l’île à travailler pour l’occupant.  Bien sûr que non, ce n’est pas de la collaboration. Il faut bien se nourrir.

Au printemps de 1943,  Maurice sauve le 6 mai d’une noyade certaine un marin pêcheur dont la barque avait coulé à 2 milles dans l’est de l’île. On lui adresse à ce titre les félicitations de l’Administrateur des Affaires maritimes de Nantes pour son esprit de décision, mais il ne l’a sans doute jamais su puisque la décision date du 15 décembre 1943 alors qu’il a, à cette date, rejoint l’Angleterre pour se battre.

C’est en effet au printemps de 1943 que naît, chez plusieurs jeunes marins de Groix, un projet insensé.

Ils ont de plus en plus de peine à supporter l’occupation. Ils refusent cet asservissement sournois qui se traduit par des restrictions pesant chaque jour plus lourdement sur les civils. Les Allemands ont interdit la pêche. Nos jeunes gars veulent gagner l’Angleterre où ils comptent s’engager dans les "Forces Françaises libres".  Le bateau est trouvé, il s’appelle "Joie des Anges". Le patron du voilier, Ange Yvon, parvient à convaincre les occupants de les laisser partir à la pêche aux thons. Le bateau est armé le 26 juillet 1943.

Les Allemands sont méfiants, mais ils se disent que lors du retour du bateau, ils pourront aussi bénéficier de poisson frais.

Ils accordent l’autorisation, mais, avant le départ, fouillent quand même le navire de fond en comble. Ils y trouvent une carte de l’Angleterre. Les membres de l’équipage sont aussitôt arrêtés et déférés au siège de la gendarmerie allemande, qui se trouve dans la grande maison en face de l’hôtel de la Marine.

Des feldgendarmes sont envoyés pour fouiller les domiciles de chacun d’eux avec minutie. Les marins sont interrogés sans égard ni ménagement. Ils y passent plusieurs jours enfermés dans une pièce à l’étage. On ne leur donne même pas à manger et ce sont les familles qui viennent leur apporter quelque nourriture qu’elles remettent au planton en poste devant le bâtiment. Heureusement nos jeunes marins ont eu le temps de se consulter et mettre au point une tactique de défense.  Ils soutiennent tous que la carte est ancienne qui était déjà utilisée avant la guerre pour situer les parages de pêche. Les Allemands leur infligent huit jours d’arrêt de rigueur.

Pas un seul des parents n’ayant été mis dans la confidence, il n’y a donc eu aucune fuite.

Enfin, ils sont autorisés à prendre le large. Que disent-ils à leur mère le jour du départ ? La mère de Maurice, Elisa Le Visage, a-t-elle un pressentiment lorsqu’elle embrasse son fils ? "T’inquiètes pas, man, tout ira bien et puis Yvon va me remplacer au port. C’est lui qui désormais apportera la gagne à la maison".

Le 26 août 1943, la "Joie des Anges" met cap sur Concarneau, afin de faire de la glace,  où les matelots seront encore contrôlés à plusieurs reprises.

Et le 1er septembre 1943 c’est la fuite vers le large. La nuit tombe. Tous feux éteints le navire tangue et roule. A l’aube, un avion américain Liberator vient le survoler. Les marins sur le pont lui adressent des signes d’amitié. L’avion s’éloigne puis revient en piqué. Soudain, ses mitrailleuses se mettent à cracher le feu. Les matelots dégringolent à toute vitesse dans le poste pour se mettre à l’abri dans les couchettes sous les paillasses et couvertures. L’appareil arrose de balles à quatre autres reprises le pont qui est littéralement déchiqueté. Puis l’avion disparaît.

Un miracle qu’il n’y ait pas de blessés. Mais voilà qu’un point noir surgit à l’horizon qui fait cap sur le voilier.  C’est un contre-torpilleur anglais qui approche ; il avance à une telle vitesse en fonçant sur le dundee qu’il arrache son bout-dehors et lui déchire trinquette et foc. Le commandant anglais fait mettre une embarcation à la mer dans laquelle embarquent Paul Puillon, Charles Galene et Maurice Gourong. Les autres sont invités à rester à bord et à gagner l’Angleterre par leurs propres moyens.

Maurice avec ses deux compagnons qui sont arrivés eux à Porsmouth sont conduits à Londres, dans le district de Camberwell, au camp de Patriotic School. C’est un vieux collège pour jeunes filles  de bonne famille où l’état-major britannique a installé un centre d’interrogations destinés à sonder les motivations de tous ces migrants et exilés, de toutes nationalités.

Nos trois marins “grecs” y sont interrogés avec le plus grand soin par des officiers de l’Intelligence Service chargés de déceler les espions allemands qui tentent de s’infiltrer. 

Nos  groisillons sont bien traités durant les huit jours de leurs interrogatoires qui s’achèvent le 15 septembre par la signature  d’un engagement dans les "Forces Françaises Libres" pour la durée de la guerre plus trois mois. Maurice a le matricule 959 FN 43.

Ils sont ensuite accueillis  à la maison d’accueil des "FFL" située dans Pembroke Garden.  La "Caserne Bir Hakeim" est située en pleine campagne près de Portsmouth. Les marins des "FFL" y subissent un premier entraînement : marche, maniement d’armes, cours théoriques, etc….

Maurice, lui, qui a choisi de suivre une formation d’infirmier (comme son père en 1914), séjourne à la "Caserne Surcouf".

Un soir, découvrant,  à Londres, une affiche appelant à s’engager dans les commandos,  il décide de signer chez les fusiliers marins.

Il est  alors dirigé vers le camp d'entraînement des commandos d'Achnacarry en Ecosse.

Gwénaël Bolloré dans son livre  "Nous étions 177", décrit les conditions extrêmement dures en vigueur dans ce camp :

" Les commandos suivaient leur entraînement dans le fameux camp d’Achnacarry, perdu dans les montagnes d’Ecosse. Ce lieu devait sa célébrité à la manière inhumaine dont y étaient traités les candidats. A la porte du camp étaient alignées les tombes fictives de tous les hommes morts pendant l’entraînement. Une pancarte indiquait le nom de l’homme et l’erreur qu’il avait commise car elle relevait, bien entendu, toujours d’une faute personnelle. Cinquante pour cent à peine des volontaires revenaient d’Ecosse avec le droit au port du béret vert. Les autres étaient impitoyablement éliminés, soit qu’ils fussent blessés lors des manœuvres à tir réel ou même tués, comme nous venons de le voir. Cette rigueur s’avérait nécessaire. Sans elle,  jamais le débarquement du 6 juin n’eut réussi ".

.A l'issue du stage, Maurice ayant réussi les différentes épreuves, se voit décerner le fameux béret vert avec le badge n°188.

C’est au cours d’une des toutes dernières manœuvres d’entraînement, avant l’embarquement pour la Normandie, que Maurice Gourong se blesse avec une grenade. Il est hospitalisé. Malgré la bénignité de sa blessure, il ne peut être aux côtés de ses 177 frères d’armes français qui se lancent le 6 juin à l’assaut d'Ouistreham.

Il enrage sans doute, même malgré la probable naissance d’une histoire d’amour avec l’infirmière anglaise qui le soigne. L’aurait-il épousée, comme l’a écrit Bolloré, lors de son retour de la campagne de Normandie où il a rejoint ses camarades au début août ? Le mystère qui entoure cette union, si elle a eu lieu, n’a jamais été et ne sera sans doute jamais plus élucidé.

Fin juillet ou début août, sous la conduite de Guy Vourch, blessé lui aussi en Normandie, 32 commandos parmi lesquels Maurice Gourong s’embarquent à Portsmouth.

 Ils sont quatre qui n’ont pas participé au 6 juin. C’est à Hérouvillette qu’ils rejoignent leurs camarades.

Ils vont se retrouver rapidement dans le feu des combats sous les ordres de Kieffer qui, après avoir été soigné en Angleterre, est revenu le 13 juillet,  reprendre le commandement. C’est lui qui accueille les revenants.

La campagne de Normandie se poursuit avec la prise du bois de Bavent le 16 août et les combats féroces et durs de la ferme de l’Epine quatre jours plus tard.

Victorieux, les combattants du Commando N°4 poursuivent leur avance dans une campagne normande où l’armée allemande est en pleine déroute.

La marche victorieuse ne s’arrêtera désormais plus. Les prisonniers allemands se comptent par centaines.

Pont-L’Évêque, cité que les Allemands ont incendiée, est libérée.  Les Commandos traversent la ville en flammes et délivrent de nombreux prisonniers alliés blessés dont un capitaine de commandos britanniques.

Le 25 août, les troupes alliées atteignent Saint-Maclou qui est libérée vers 14 heures.

Le soir, Français et Britanniques sont accueillis par Mr et Mme Turquet dans leur château de Saint-Maclou avec beaucoup de générosité et de calvados.

Les Français aident à la libération de Deauville, Trouville, Honfleur, Pont-Audemer.

La campagne de France s’achève pour les hommes de Kieffer qui, depuis le 6 juin, ont parcouru 120 kilomètres entre l’Orne et la Seine.  Ils ont entendu à la radio la nouvelle de la libération de Paris.

Les commandos restent en repos dans la campagne de l’Eure jusqu’au 5 septembre où les ordres leur enjoignent de regagner l’Angleterre pour 3 semaines de repos avant de retourner avec des renforts et d’autres équipements au combat.

Les commandos franco-britanniques débarquent le 7 octobre à Ostende (Belgique) où des camions les attendent pour les transporter à De Haan (Belgique). Ils s’enferment dans une zone protégée  de De Haan et commencent un entraînement rigoureux pendant quinze jours pour se préparer à cette mission sur Flessingue.

Au cours de cette opération, lors d’une contre-attaque, le 2 novembre 1944,  Maurice Gourong est tué. Il a 23 ans

Maurice Gourong est décoré, à titre posthume, de la Croix de Guerre 39-45 avec Etoile de Vermeil, pour le motif suivant :

"Volontaire pour les commandos, a participé avec son unité à la campagne de Normandie, au cours du débarquement de Flessingue le 2 novembre 44, s’est particulièrement distingué par son courage, seul avec son chef de groupe, a tenu une heure un carrefour important en face d’une compagnie allemande qui contre-attaquait, lui barrant le passage et donnant aux renforts le temps d’arriver.  A été mortellement blessé au cours de cette action ".

Le nom de Maurice Gourong a été donné, le 26 septembre 1991, à un cours de fusilier-marin.  .

 

Il était Matelot.
Son unité : Commando Kieffer - 1942-1946
  • Croix de Guerre 39-45 avec étoile(s)
Il est décédé le 02 novembre 1944.
Son corps repose au cimetière de Groix Morbihan
Son décès est inscrit à la commune de Groix Morbihan (56590)
Document portant la mention MPLF : Mention portée sur livret de famille

Commando Kieffer - 1942-1946

Ecusson-commando-Kieffer-40

La décision  d’intégrer un commando français  dans les troupes britanniques  est prise en mars1941 par le général britannique Haydon sur proposition de l'amiral Muselier, commandant des "Forces Navales Françaises Libres".

Commando Kieffer - 1942-1946
7331
Gourong
Quiberon
Morbihan (56)
GG
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Il a été décoré : Croix de Guerre 39-45 avec étoile(s)
livret de famille
C 12x17